Écrivain / Romancier

La Peur

La peurJ’ai peur, donc je suis.

Être ou ne pas être, c’est aussi fondamental que de respirer ou d’être conscient d’exister. La peur est un puissant leitmotiv et représente dans mon esprit païen les forces du mal. La peur, c’est la douleur qui doit être combattue à tous les instants. J’ai appris à apprécier la peur car depuis ma tendre enfance je la côtoie et souvent elle m’a dominé, mais j’ai le sentiment d’avoir fait preuve de courage quand je fais le bilan. Oh bien sûr, j’ai souvenir de certaines lâchetés et elles me hantent encore. Occasionnellement j’en ressors une, je la dissèque, je l’analyse et cherche à comprendre le pourquoi. La peur a plusieurs visages, qu’elle soit physique ou psychique, elle nous avertit d’un risque potentiel pour notre intégrité. Une fois le signal reçu, chacun en dispose à sa façon, courage, témérité, lâcheté, violence, acceptation, révolte ou déni.

Sans carburer à l’adrénaline, j’avoue apprécier une petite bourrée de temps à autre parce que je réagis généralement assez bien à ce phénomène particulier. La peur arrive, l’adrénaline monte et ce n’est qu’après que le danger soit écarté que les tremblements s’installent et me paralysent littéralement. Je préfère cette réaction après plutôt qu’avant le fait, car l’inverse pourrait avoir des conséquences désastreuses selon la situation. Certains parlent d’instinct en pareil cas, je ne sais pas, ça ressemble à de l’entrainement ou à l’habitude liée à une expérience répétée. Le cerveau décide du meilleur choix possible en fonction de la situation s’il n’est pas court-circuité par un traumatisme psychique. Je ne sais pas si vous avez déjà ressenti cette sensation d’une peur si grande que s’entremêle l’adrénaline et les endorphines dans un cocktail euphorique et terrifiant qui vous laisse nauséeux une fois le danger écarté? C’est plus que la frousse, c’est une peur bleue qu’on est content d’avoir vaincu ou content que ce soit chose du passé, le dix secondes avant l’ouverture du parachute…

En vieillissant, les hormones se calment généralement et se couvrent du manteau de la sagesse. J’apprécie le risque à travers la lunette du souvenir et c’est tant mieux. Sans devenir un pleutre, j’évalue mieux le danger et réalise que je n’ai plus la fougue et la témérité si caractéristique de ma jeunesse. L’heure est plus au bilan et la peur devient plus psychique si peur il y a.

Qu’en est-il de l’angoisse qui nous dévore les tripes plus sûrement qu’un cancer?

AngoisseC’est le ciel qui nous tombe sur la tête et non pas un pont. C’est la peur d’avoir peur. C’est la peur de tout et de rien qui est palpable. C’est la peur de mourir sans être en âge de réclamer ce privilège. Diantre! Comme je me sens bien équipé dans ce département aujourd’hui! Je ne prends rien pour acquis définitivement, loin de là. Je connais la perfidie de l’angoisse induite par la maladie qui se balance au dessus de ma tête comme l’épée de Damoclès et souvent je me demande si ma force intérieure est maintenue par un seul crin de cheval. L’effroi de finir ma vie complètement diminué et vulnérable, mais souhaiter avoir la force, le courage de garder mon équilibre dans l’épreuve. La peur, pour moi, c’est ça. Heureusement, la peur engendre la curiosité et je suis très curieux. Curieux de voir comment tout ça va finir en temps et lieu, solliciter les forces du bien et préférer la vérité au mensonge en toute lucidité. Ma lucidité est l’ennemi juré de ma peur et la chasse comme le vent dissipe la fumée. « Sancho! Mon épée! Mon armure! Et gare aux méchants! » S’écria Don Quichotte sans se laisser démonter par le chevalier au miroir. Je me sens joyeux et serein, fort et combattif, prêt à affronter tous mes démons et qu’on se le tienne pour dit.

Mario Hade

Cet article a été publié sur le blogue I Think of You  dans la catégorie La Chronique de Mario

2 commentaires
  1. Je vous découvre à l instant et je trouve vos réflexion wowww Merci

  2. j’adore votre article et je comprend.la peur, l’angoisse et l’impuissance pour avoir vecu avec ma soeur atteinte de la slerodermie et avoir été sont respirateur pendant des mois

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