Écrivain / Romancier

Jacques – Les impressions au fil de la plume d’Ismène Toussaint

J’aimerais partager avec vous les commentaires de ma consoeur Ismène Toussaint sur mon dernier roman (Jacques) des nouvelles d’une p’tite ville.

Merci Ismène d’avoir pris le temps d’écrire cet article. Tu es formidable!

Mario Hade

1970. JacquesJuste un mot avec retard (pour cause d’écriture) et en hâte pour te livrer quelques impressions au fil de la plume sur ton roman. Je l’ai lu avec beaucoup de plaisir et d’intérêt. Les personnages sont réalistes et bien campés, les dialogues, à l’avenant, le récit, prenant, et le style, simple sans être simpliste, fluide et accessible au plus grand nombre. Autant de bons ingrédients qui en assurent évidemment le succès. Il a le mérite de restituer l’éclosion d’une certaine jeunesse, en quête de liberté et d’expérimentations, une époque où, malgré d’inévitables difficultés, tout semblait encore possible (j’étais enfant à ce moment-là), et une page de l’ histoire du Québec, qui était encore en marche et ne paraissait pas figée et à bout de souffle comme aujourd’hui (à noter que je suis arrivée ici en 1998, après une jeunesse passée en France et quelques années vécues au Manitoba). Le réveil a été difficile. Je ne vois pas Jacques comme quelqu’un de paresseux mais plutôt comme un garçon inadapté à la société de son temps, qui se cherche par le biais d’innombrables expériences et qui, désespérant de se trouver vraiment, malgré d’indéniables talents, se laisse porter par l’air du temps, emporter par des chimères, et qui finit par sombrer : son terrible accident, qui le rend dépendant aux drogues, n’arrangeant rien à l’affaire. Il faut dire aussi, à son corps défendant, qu’il est en partie dominé par une femme qui, elle, a bien les pieds sur terre et qui, en dépit de ses qualités, est quand même un peu écrasante et malcommode. Victime aussi de son hérédité, qui en fait un petit frère de certains personnages malheureux d’Émile Zola. Quoiqu’il en soit, le long portrait que tu en brosses dans ce qu’on pourrait appeler la seconde partie (après l’accident) et le récit de sa descente aux enfers, jusqu’à la déchéance et l’issue finales, sont très émouvants et même terriblement poignants, voire prégnants. On ne sort pas indemne de cette lecture car le personnage continue à nous hanter les jours suivants et bien au-delà. Au long de ces pages, j’ai senti bien souvent mon cœur se serrer, les larmes me monter aux yeux, et toutes sortes d’émotions me parcourir. Certains passages, surtout vers la fin, sont de ceux que j’aurais aimé présenter et expliquer à des étudiants d’université si j’avais eu la chance d’en avoir. De petits morceaux d’anthologie, même s’il s’agit de littérature populaire dans le bon sens du terme. Comme tout le monde, j’imagine, j’ai connu quelques-uns de ces êtres brillants, riches de talents et de projets, au destin prometteur, mais qui, pour toutes sortes de raisons, parfois difficiles à comprendre, ont vu leurs rêves se briser ou qui, après s’être brûlé les ailes à tous les feux, ont fini cloués par la maladie ou la mort, comme de fragiles papillons. Et cela, même dans la fleur de l’âge. J’ai très hâte à présent de découvrir cet Émile Robichaud, le père de Jacques, auquel il est fait allusion ça et là… Encore toutes mes félicitations et mes meilleurs encouragements pour le prochain volume.