Écrivain / Romancier

L’amour ou l’amitié

Nos amis sont comme un miroir qui enrichit notre propre image. Il suffit d’une trahison ou d’un mensonge pour que toute cette belle image s’écroule…

L'amitiéÉtait-ce alors la vraie amitié ou l’amour sincère qui dure toute une vie et à laquelle on pardonne tout ? Quelque fois, on se sent victime et d’autre fois, nous sommes le bourreau. Quand l’amitié découle de l’amour qui s’est transformé ou vice-versa, il faut être certain que le sentiment est partagé car dans le cas contraire, la blessure narcissique ne se refermera jamais. Celui qui continue à aimer sous le voile de l’amitié souffrira tant que durera ce simulacre, mais pouvons-nous garder un amour secret ? Il faut que la vérité éclate de quelque manière que ce soit. Autant la victime que le bourreau peut souffrir du geste, de cette indélicatesse. Trahir signifie manquer de foi envers quelqu’un, ne pas être fidèle à une parole donnée. Or, la parole de l’autre nous dit qui nous sommes, nous donne une place dans le monde. La trahison atteint notre identité d’autant plus fortement qu’elle touche l’amour ou l’amitié que nous tenons à conserver coûte que coûte.

Comme tout mouvement d’amour, elle est faite d’un aller-retour : je m’aime à travers l’autre, j’aime qu’il m’aime et qu’il me renvoie une belle image de moi. Ce regard sur nous est nourrissant, réconfortant, il enrichit l’image que nous avons de nous-mêmes, puisque l’amour ou l’amitié ne nous sont pas donnés : nous l’avons conquis. Aristote prétend que l’ami ou l’amoureux est aussi celui qui nous rend meilleurs, qui nous permet de développer des talents ou des qualités jusque-là insoupçonnés. Lorsque le miroir se brise, nous avons l’impression de perdre un peu de nous-mêmes.

L'amitiéPardonner, ce serait comme réussir à tourner les pages délicates ou douloureuses du livre de nos relations, sans rancoeur ni rancune… Pas facile ! Certains restent en effet accrochés à leur ressentiment malgré le repentir de l’autre ; d’autres au contraire ont le pardon trop facile. On devrait tous reconnaître notre douleur autant la victime que le bourreau. Étrangement, souvent le bourreau souffre plus que sa victime. Il est indispensable d’oser faire reproche à l’autre ou d’avouer sa faute, de nommer la faute, de dire sa douleur. Car alors nous rétablissons un dialogue. La parole partagée remet du mouvement vers l’avenir et le dépassement de la trahison, ensemble. Une étape qui n’est pas systématique : nous pouvons aussi constater, si l’autre nie sa souffrance, que l’amour ou l’amitié est révolue ou que nous nous étions trompés sur lui et sur les sentiments partagés.

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